L'abbé Jean Ephrem Lanusse (1818 - 1905)

Biographie : Clair Morizet, avec le soutien d'Odile Tramond

 

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Aujourd’hui encore, à Tonneins comme à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, son nom suscite d’emblée la sympathie, car chacun sait de quel homme il s’agit. En revanche, parlez de lui en dehors de ces deux sphères, un petit sourire intrigué ou ironique sur le visage de votre interlocuteur naîtra immanquablement. Il fallait bien toute sa bonté légendaire pour ne pas s’arrêter aux moqueries que son patronyme – familier dans le Sud-Ouest béarnais – provoquait.

 

Ceci posé, attachons-nous à l’histoire hors du commun de Jean Ephrem Lanusse (1818-1905), et tâchons de dévoiler certains aspects de sa vie et de sa personnalité souvent restés dans l’ombre à travers les textes qui lui ont été consacrés ; dès 1892, Auguste-Jean Boyer d’Agen l’évoquait dans Les Héros de la cornette et du bicorne, le pasteur Messines lui consacrait une monographie en 1893 L’aumônier de Saint-Cyr, ou Caran d’Ache dans Guerriers et soldats (1896), Montfrileux dans la Revue illustrée en 1898, Jean de Calais dans La France illustrée (1898), Jules Momméja dans la Revue de l’Agenais (1911, 1912), l’abbé Fonda en 1968 puis dans la Revue de l’Agenais (1974), Jean Caubet dans La Mémoire du fleuve (1994), Christian Olliet dans La Mémoire du fleuve (2012), et en 2018 aux éditions Mame : Les Aumôniers militaires

 

Côté plume, l’abbé Lanusse n’était pas en reste ayant publié (toujours chez Flammarion) Les héros de Camaron (1891), L’Heure suprême à Sedan (1892), Vingt minutes dans la vie d’un peuple (1893), Des braves (1899), sans compter ses très nombreux manuscrits enluminés.

 

Pourtant, aujourd’hui encore, même la base de données de la Bibliothèque nationale de France l’identifie avec difficulté : le plus souvent « Lanusse, Eugène [sic] (1819-1905) », et parfois « Lanusse, Mgr » sans précision de dates. Or sa naissance a été déclarée le 2 janvier 1818 à la mairie de Tonneins, sous le seul prénom de Jean ; plus tard, il y ajouta le prénom biblique d’Ephrem, pour des raisons qui restent inconnues. Il était le second fils de Jean Lanusse, propriétaire habitant Tonneins, et de Rosalie Clairac, son épouse. Le couple s’était marié le 21 février 1816 à Tonneins ; Jean (père) était le fils de Pierre Lanusse, propriétaire à Tonneins, et de Suzanne Boudet ; Rosalie était la fille de Jacques Clairac, marchand à Tonneins, et de feue Antoinette Lacombe. Jean (père) était tailleur à Unet.

 

Contrairement à ce que certains auteurs ont pu écrire, aucun lien de parenté ne rattachait l’abbé Lanusse au général Robert Lanusse, fait baron par Napoléon Ier, ni à son frère le général François Lanusse, mort en Égypte en 1801.Par le mariage de Jean Lanusse avec sa fille Rosalie, Jacques Clairac va associer son gendre à son commerce de la Grande rue de Tonneins (aujourd’hui cours de l’Yser) : « Au rayon de gloire. Grande rue, N°11. Clairac et Lanusse. Fabricant d’ornements d’église, magasin de tabernacles, tombeaux d’autels en bois doré et en marbre, chandeliers dorés, vases sacrés, bouquets artificiels et généralement tout ce qui a rapport au culte divin. À Tonneins ». L’énumération de l’enseigne paternelle éclaire et révèle bien des traits de l’abbé Lanusse : la religion et ses pompes, mais aussi l’accumulation que l’on retrouvera dans ses enluminures et surtout dans son musée tonneinquais. En 1904, le pasteur Messines (aumônier à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr) publia une brochure à l’occasion de ses noces de diamant ; il y évoquait « la hotte de son père, quand il allait dans les campagnes, d’un presbytère à l’autre, offrir ses marchandises religieuses ».

 

À la mort prématurée de sa mère, en mars 1822, on dit à l’enfant que celle-ci était partie « à Bordeaux ». Mais un jour, devant la statue de Notre-Dame du Mercadieu, dans l’église de Tonneins, il s’écria « Maman ! ». Elle fut pour toujours l’image de sa mère, lui faisant dire « Je n’ai jamais prié pour ma mère, je la prie ».

 

La vocation

Dans son texte paru en 1994 dans La Mémoire du fleuve, Jean Caubet fait le récit d’une enfance simple et modeste, parfois héroïque (il sauve à 9 ans un enfant qui allait se noyer dans la Garonne), sensible à la détresse et à la pauvreté, qui le vit partir à 15 ans au Petit puis au Grand séminaire d’Agen. La théologie n’était pourtant pas son fort : « Si Dieu me veut pour prêtre, j’aurai une théologie qui me suffira ». Ordonné le 4 février 1844, il fut nommé vicaire à la paroisse Saint-Pierre de Tonneins, il continua à partager le peu qu’il avait ; c’est l’époque où la Société de Saint-Vincent-de-Paul créa un « fourneau économique », distribuant quotidiennement des soupes à un sou. Un jour, son père surprit ce jeune prêtre furetant dans son secrétaire « Oh mon fils, que fais-tu là ? », « Ce que je fais ? je place ton argent à gros intérêt chez le bon Dieu » ; Lanusse obtint alors que son fils soit nommé à Monheurt, l’éloignant ainsi de ces « saintes » rapines dans la caisse du Rayon de gloire… Le jeune abbé n’hésita pas non plus à gagner Paris pour solliciter de l’Empereur une faveur : rendre à une pauvre veuve son fils unique appelé par la conscription. En 1855 et 1856, il s’engagea aussi activement lors des terribles inondations quand Garonne sortit de son lit et ravagea la plaine.

 

Les campagnes militaires

Si la nature fait des ravages quand elle se déchaîne, la guerre fait pire encore lorsque l’homme perd la raison : Mgr Rumeau rappelait en 1904 « Il n’était encore que séminariste en 1835 ; durant la période des vacances, il s’improvisa aumônier volontaire d’une troupe d’environ quatre cents soldats de l’armée espagnole, réfugiés dans les murs de Tonneins. “Dans le malheur, disait-il, tous les soldats du monde sont frères”. » ; sous-diacre, il avait fondé une école de soldats en 1842 : « J’aurai une théologie qui me suffira, une théologie de caserne ». Comment deviner que plus tard, les troupiers allaient l’appeler « Le pape des soldats » ? En 1967 une de ses anciens, le colonel Gérard, témoignait auprès de l’abbé Fonda : « Sa foi profonde et communicative, la simplicité de sa théologie emportaient l’estime de tous ».

 

Lorsqu’il demanda à son évêque, Mgr de Vesins, de partir pour la Crimée, le dialogue fut vif :

 

« - Monseigneur ! C’est encore la guerre. Je demande de rengager.

- La guerre, Monsieur l’abbé, pensez-vous qu’on ne la fasse que pour vous ?

- Oh ! ce n’est pas par plaisir, que je veux partir aux armées. La guerre, je la maudis mais je ne la fuis pas. »

Ou un autre jour, lorsqu’il s’agit de rejoindre l’armée du Mexique, l’évêque à son abbé : « Allez au diable ! Allez et sortez ! vous sentez la cantine… »

 

Mais Jean Lanusse n’était pas gascon pour rien : son entêtement eut raison des oppositions, et n’ayant pu rejoindre l’armée impériale en Crimée, il la suivit lors de la campagne d’Italie après avoir été nommé aumônier le 1er mai 1859. À Magenta et Solferino, les milliers de morts et les blessés des deux armées laissés sans soin – qu’il faut aller chercher dans la boue – l’horrifièrent ; il faut se souvenir que c’est au vu du désastre de Solferino que le Suisse Henry Dunant créa ce qui devint plus tard la Croix-Rouge. De retour d’Italie, il fit étape au bagne de Toulon, où il découvrit une autre face de la misère humaine. Peu de temps après, en juillet 1862, il partit avec le corps expéditionnaire français lors de la désastreuse expédition du Mexique : Vera Cruz, La Soledad, Cameron, Orizalba, Puebla… En quelques mots, son ami Boyer d’Agen évoquait la violence des combats : « Cette périlleuse guerre de guérillas, où nos hommes tombaient sous les balles invisiblement lancées par un tas de mains qui surgissaient de tous les coins des sierras. L’abbé Lanusse, qui y cribla tant de soutanes et y perdit encore plus de chapeaux, la résume ainsi : “ En 1870, c’était le cœur qui saignait. En 1863, ce fut le corps ”. Mais il faut aller vite, au galop du cheval et aux souvenirs pressés de cet indomptable aumônier militaire ».

 

Au Mexique, il rencontra l’empereur et l’impératrice, qui l’appellent leur « grand ami » comme le souligna le maréchal Bazaine. Avec lui il parlait missions, écoles, éducation… en vain, car bien que Charlotte soit retournée en France en août 1856 plaider la cause de Maximilien auprès de Napoléon III, Maximilien fut abandonné à son sort. De cette rencontre, il se dit à Clairac que l’autel qui, dans le bas-côté de l’église Saint-Pierre-ès-Liens, porte l’étiquette « Souvenir précieux de l’infortunée Charlotte, impératrice du Mexique » fut donné par l’abbé Lanusse ; un jour peut-être, la preuve en sera-t-elle donnée ? C’est toujours au Mexique, en décembre 1864, qu’il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur. À des milliers de kilomètres de la France, son oreille se réjouissait du bon accent gascon jailli de la bouche de certains soldats. Eux dont il disait « Le Paradis n’est-il pas peuplé de Gascons ? Ils sont si bons enfants avec leurs histoires au moment d’y entrer. Non, le concierge de là-haut le sait et ne peut en refuser aucun. »

 

De retour en France, il ne connut pas le repos, et sa silhouette désormais familière – une soutane ancienne et rapiécée aux liserés rouge violet, un chapeau ecclésiastique dit « Saturne » avec ses glands d’or fané, un « placard » de décorations déjà bien garni – repartit bientôt en action sur les champs de bataille de la guerre de 1870 après deux années passées à l’hôpital militaire Saint-Martin (Paris) ; dans l’armée du Rhin d’abord, puis celles de la Loire et de l’Est. Pendant le siège de Paris, il devint aumônier de l’ambulance de l’École de Saint-Cyr. La paix retrouvée, il fut officiellement nommé aumônier de l’École spéciale militaire, fonction qu’il occupa pendant les 34 années suivantes, jusqu’à sa mort. Dans son étude, l’abbé Fonda rappelle qu’il parlait aussi bien avec les humbles soldats qu’avec Napoléon III, Maximilien ou le pape Pie IX, qu’il bénit le tsar à sa demande, et qu’il assurait la reine Victoria de ses prières… Un homme populaire dont le portrait ornait les collections d’images de Félix-Potin ou du chocolat Guérin-Boutron. Un clerc à l’opposé de son contemporain, le fameux abbé Mugnier, confesseur du Faubourg-St-Germain…

 

Saint-Cyr

Douze années de campagnes militaires avaient probablement usé le saint homme. Mais plus encore que les atteintes au corps, ce sont peut-être les assauts de la barbarie humaine qui l’avaient le plus marqué. Dans l’ambiance martiale de l’École militaire, sa simplicité et son bon sens firent merveille auprès des élèves officiers, même si ses relations avec les cadres furent parfois difficiles : encore et toujours, l’homme primerait sur toutes les règles. Ses démêlés avec les politiques firent aussi les beaux jours de la chronique, comme le rappelle Boyer d’Agen en 1892 : « Il y en a donc encore, des aumôniers militaires en titre, depuis que la dernière guerre et les dernières persécutions en ont tant fait mourir ? Encore un, le dernier, le plus vieux et le doyen de tous. Il vit encore, Dieu merci ! là-bas, dans un petit coin oublié de l’école Saint-Cyr où les laïcisateurs féroces feignent de l’oublier. D’ailleurs, ceux-ci votèrent eux-mêmes l’exception en faveur de l’abbé Lanusse quand, abolissant en temps de paix tous les aumôniers des régiments de France, ils se trouvèrent en présence de cette poitrine de prêtre couverte de croix et de médailles gagnées, depuis trente ans sur nos champs de bataille. Ils reculèrent. »

 

Quand il devait s’opposer, rien ne le faisait reculer ; il connaissait la rudesse de la guerre : les morts ajoutés aux morts, les condamnations ajoutées aux combats meurtriers. À Mexico en 1865, six marsouins ayant trahi le drapeau dans l’affaire de Fort-de-France furent condamnés à mort par le maréchal Bazaine (que Napoléon III rappellera en France). Chaque jour, l’abbé les visitait et leur répétait « Et moi, je vous dis que vous ne mourrez pas ! ». Et chaque jour, il implorait Bazaine qui lui défendait de lui en parler. L’abbé n’en parla plus mais continua ses visites. Interloqué par le silence du prêtre, Bazaine n’y tint plus :

 

« - Et les condamnés, que disent-ils ?

- Rien, maréchal, mais moi je dis pour eux qu’ils ne mourront pas. ». Bazaine s’emporta violemment contre cette religion « qui couronne les victimes et absout les coupables ». Mais vaincu par la charité intraitable de l’homme d’église, il finit par lâcher « tenez, l’abbé, allez leur dire que vous avez leur grâce ». Lanusse conclut : « Je n’ai éprouvé jamais, même à Sedan, sous les balles, à l’heure finale, nulle part, semblable émotion ». Cet épisode figure dans le volume enluminé aujourd’hui conservé à la mairie de Tonneins, premier d’un ensemble de huit : Six condamnés à mort ou un jour du ciel passé sur la terre. Gambetta (dont il conservait dans son musée la nacelle dans laquelle il avait quitté Paris assiégé) aurait dit de lui : « Celui-ci, gardons-le ; il est de la République des Braves ».

 

En 1901 le général André, ministre de la Guerre, vint à Saint-Cyr, pour une visite très politique. Au cours du déjeuner, il devait s’exprimer devant 525 cyrards au garde-à-vous sur le thème : « l’armée n’est pas républicaine, elle doit le devenir, sur les ruines des traditions ». C’est alors que, dans un silence assourdissant, une porte s’ouvrit et apparut discrètement l’abbé Lanusse : ce fut un seul cri poussé par toutes ces mâles voix : « Vive monseigneur ! Laïus ! Laïus », et des bras vigoureux hissèrent sur une table le petit homme de 83 ans qui devant « ses enfants », avec une féroce ironie, fit l’apologie des traditions exaltant les vertus nationales et chrétiennes et l’esprit de sacrifice. Peu après, de retour à la Chambre, le ministre fut contraint de répondre à un vieux communard qui s’étonnait qu’il y ait encore un aumônier : « Celui-là, avec de tels états de service, on n’y touche pas ». Nous devons ce témoignage au général Molinié qui avait assisté à la scène. Un saint homme, que Léon XIII avait élevé à la dignité de prélat en 1898 : il était désormais « Monseigneur » Lanusse, mais en rédusait l’éclat en disant que ce n’était qu’une autre forme du Moussu gascon... En 1898, Jean de Calais lui consacrait un grand article dans La France illustrée à propos de cet honneur, rappelant qu’il était ovationné chaque année lors du défilé du 14 juillet…

 

La parole de Boyer d’Agen est savoureuse, laissons-le nous mener à la rencontre de l’abbé, une après-midi de juin :

 

« Mes premières campagnes, mon cher enfant !... me dit-il, en regardant un instant vers la cour, de ses bons yeux bleus, pleins de mélancolie. Et il me fait asseoir, m’y poussant presque, dans l’unique fauteuil boiteux de son pauvre cabinet d’étude. (…) Que voulez-vous, nous étions tant de prêtres à veiller sur nos paisibles campagnes ! et sur ces campagnes orageuses, où tant de nos pauvres petits paroissiens allaient mourir peut-être, n’y aurait-il aucun d’entre nous à les suivre et les assister ? Ma foi ! je n’y tins plus, et je partis… Je revins aussi, oui, avec la croix d’aumônier sur ma poitrine, Dieu merci ! Mais cette pauvre croix de bois de mon église dont, aux yeux de mon évêque irrité, je semblais avoir débarrassé mes épaules insoumises, il fallut, en expiation de mon crime, la transporter en disgracié dans une autre paroisse plus pauvre encore. (…)

 

À propos de cantine, vous avez soif mon enfant !... la journée est si lourde !... Marie ! descendez je vous prie, à la cave et apportez-nous une “ première classe ”. Oh ! ma servante m’a compris ; vous allez boire quelque chose de “ chez nous ”, une petite goutte de vieux Buzet qui vous attend ici depuis vingt ans que le bon Dieu l’a faite, en prévoyant votre visite ». Mais c’est tout le chapitre de son livre Les héros de la cornette consacré à l’abbé Lanusse qu’il faudrait lire.

 

La bonhomie, la fausse naïveté, la profondeur de l’aumônier, nous la retrouvons sous la plume d’un « instantané » écrit par un journaliste de Gil Blas : « Aussi troupier que prêtre. Pourrait porter des chevrons sur sa soutane. Une bonne figure ridée, bourgeonneuse, accueillante, de vieux philosophe qui en a vu de toutes les couleurs. Fait partie des accessoires du premier Bataillon de France, comme le drapeau à la si fière devise et les antiques obusiers de la batterie du polygone. À la revue de Longchamp, marche à la tête des compagnies, sans trop tirer la quille, le torse droit, la poitrine couverte de décorations gagnées de bataille en bataille. Légendaire dans l’armée. Disait autrefois sa messe au Vieux-Bahut, avec une petite pendule devant le tabernacle, et escamotait la moitié de l’office pour ne pas carotter une minute de liberté aux permissionnaires. Fume la pipe et sacre, à l’occasion, comme un brisquard des temps héroïques. (…) Enlumine les manuscrits avec le talent naïf de quelque moine du Moyen âge. »

 

L’enlumineur

Un moine enlumineur du Moyen Âge ? C’est Montfrileux (pseudonyme de Jérôme Doucet) qui nous en parle dans un long article de la Revue illustrée, en août 1898.

 

« On frappe. Un petit homme – à ce que l’on sait de lui on s’attend à voir un colosse – vous ouvre, vous reconnaît, vous embrasse affectueusement, vous ouvre son logis.

Ce logis est modeste (…). Il y vit heureux au milieu de ses souvenirs et de ses livres. (…) L’ordonnance de l’aumônier n’a pas le droit de ranger ces paperasses, ici chez elles et régnant en maîtresses. La poussière les rend vénérables ; elles s’empilent librement sur les meubles, les chaises, les parquets. Défense de ranger. Seuls les manuscrits, royalement vêtus de maroquin et de pierreries, sont bien logés en une haute vitrine où ils resplendissent. Car il faut dire que ce n’est pas seulement au papier que l’aumônier de Saint-Cyr confie ses souvenirs, c’est aussi au vélin, au vélin des anciens missels, au fin vélin des enluminures qu’il s’adresse avec ferveur. Les pages, à la façon des livres d’autrefois, sont ornés d’enluminures, d’arabesques, de fleurs aux tons vifs avec des rehauts d’or ciselé encadrant le texte que l’abbé a écrit de sa plus belle main. Cent trois manuscrits sont là, stupéfiant par leur richesse, effrayant quand on songe au temps qu’ils ont demandé, à la force de volonté dont ils sont la preuve. L’aumônier en est justement fier, il les montre avec un plaisir que l’on partage, tournant lui-même les lourds feuillets chatoyants que tant de gens viennent admirer, que le monde verra sans doute à l’Exposition de 1900, si, comme il faut l’espérer, on donne la vitrine qu’il ne peut acheter au vieil et vaillant aumônier du premier bataillon de France. »

 

En 1898, Montfrileux l’interrogea sur l’origine de cette passion : « “ Depuis vingt ans, à peine. Oui. J’avais fait un ouvrage, La France aux pieds de la Vierge, je l’avais écrit, quand la Vierge m’inspira l’idée de l’enluminer ”. (…) Pour donner à comprendre comment il procède dans l’exécution de ses enluminures, lui qui n’avait jamais manié un pinceau, il est censé établir une correspondance avec la bonne Vierge pour lui demander des conseils. »

 

Nombreux sont les témoins qui ont admiré et tenu en main ces grands albums somptueusement reliés. Ils furent probablement dispersés lors de la vente des collections du « musée » tonneinquais en 1912. En 1954, les Annales sedanaises d’histoire et d’archéologie indiquaient que le manuscrit Bazeilles était conservé au musée des Amis du vieux Sedan. Parfois, ils apparaissent sur le marché, comme des mirabilia, que certains initiés recherchent. En 2005, une salle des ventes proposait à Paris Fais ce que dois, advienne que pourra, daté de 1888-1891 ; en 2019, un manuscrit de 1881 est proposé à la vente : Un mariage (189 pages de vélin blanc illustrées) : il avait été offert par l’abbé Lanusse à un jeune couple qu’il venait de marier, Jean Poëncet et Marie Casabianca ; il est composé de cinq parties : la présentation des mariés et de leurs familles, son discours, les textes de la messe, les discours des proches, et un hommage par l’écrivain Raoul de Navery. La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg conserve Reichshoffen – Les charges de Floing, un recueil format in-plano de 131 feuillets enluminés, relié plein maroquin ; on peut y lire « Qu’on ne s’attende pas à voir des champs de bataille ruisselant de sang, et de morts, et de membres déchiquetés. (…) Je veux faire germer des fleurs là où des combats de géants semèrent des débris humains ». En 2010, la mairie de Tonneins fit l’acquisition d’un volume (appartenant à une série de huit) portant l’ex-libris de la famille bordelaise Journu, barons de Saint-Magne : Six condamnés à mort ou un jour du ciel passé sur la terre ; il relate l’épisode des six militaires graciés au Mexique, dont l’abbé Lanusse retrouva certains à Salbris (Sologne), en pleine guerre de 1870. Au Mexique, la bibliothèque Francisco Xavier Clavijero conserve le splendide album Les vaincus du 5 mai, en mémoire de la sanglante déroute de Puebla. Quelques volumes parmi plus de cent…

 

Le « Bazar de la gloire »

De ses campagnes, de ses rencontres, de ses passions, l’abbé Lanusse avait tout conservé, aussi pieusement que naïvement. Il suffit pour s’en convaincre de lire l’article de Jules Momméja paru en 1911 dans la Revue de l’Agenais : « Un musée d’art chrétien hispano-mexicain – les collections de l’abbé Lanusse, à Tonneins » : un buste de Christ du XIVe siècle, un reliquaire trouvé dans le sable de la Garonne, 57 ivoires mexicains, un saint Sébastien le bras gauche cassé, un joueur de guitare espagnol, le dictateur mexicain Iturbide, une tête de poupée sans cheveux, un bénitier en émail signé Nicolas Laudin, une monstrance en cuivre gravé, un petit vase ayant servi à porter le saint viatique à l’époque de la Révolution, un petit Christ en noix de coco ayant appartenu à l’abbé de Lartigue massacré à Clairac, une importante collection de dentelles, des antiquités mexicaines de l’empire de Montezuma, une hotte de colporteur (celle de son père !), sa tente de campagne, les objets de l’âtre familial de Tonneins, une Légion d’Honneur brisée par une balle qui emporta son attributaire, et même… la nacelle du ballon qui emporta Gambetta hors de Paris assiégé.

 

Des objets par milliers accumulés dans trois maisons mitoyennes qu’il avait acquises à Tonneins rue du Biscarret (aujourd’hui cours de l’abbé Lanusse). Pour certains de ces trésors, il reconnaissait les avoir acheté « à la foire de Sainte-Empoigne » aux soldats qui en avaient fait leur part de butin… On se précipitait pour visiter son musée dont des cartes postales diffusaient l’image à travers la France ; un musée qu’il surnommait avec tendresse son « bazar de la gloire ». Par testament, il donnait ses collections à sa ville natale, qui les refusa, de même qu’Agen (la Revue de l’Agenais fit part de son désappointement : « C’est avec regret que nous enregistrons cette décision »).

 

En décembre 1912, le tout fut dispersé à Bordeaux en trois ventes aux enchères qui mobilisèrent les amateurs et ses fidèles. La presse s’en fit l’écho ; le 9 décembre, le journal Le Temps pouvait écrire : « Les décorations de Mgr Lanusse, l’ancien aumônier de Saint-Cyr, ont été vendues hier aux enchères publiques pour la somme de 2 250 francs. Elles ont été achetées par deux parents de Mgr Lanusse qui les ont offertes à la société “ la Saint-Cyrienne ”. Elles seront placées au musée de Saint-Cyr » ; elles y sont encore exposées.

 

L’hommage du pays natal

Depuis longtemps, l’abbé Lanusse était le héros de sa ville natale, et en 2019 encore, celle-ci lui a rendu hommage. En 1894, Tonneins célébra ses noces d’or, mais c’est 10 ans plus tard, pour ses noces de diamant que la fête fut exceptionnelle, les 17 et 18 septembre 1904 ! Presse locale et nationale, il n’y en avait que pour lui. Sur plus d’un kilomètre, depuis la place du Château, les rues furent ornées de « guirlandes naturelles ou en papiers de couleurs reliant les maisons et s’accrochant aux plus hautes croisées » nous révèle La Petite Gironde du lundi 19. La journée du samedi s’acheva par une « sérénade donnée à Mgr Lanusse », et dès le lendemain matin se tint une « distribution de bons de pain & de viande aux pauvres de la ville ». Pour la messe à Notre-Dame, 40 prêtres et 100 enfants accueillirent l’homme du jour ; quant au programme musical, il brilla par son éclectisme : Wagner, Gounod, Saint-Saëns, Franck et Meyerbeer avec des œuvres plus souvent profanes que sacrées. À 14h30, toujours à Notre-Dame, un nouveau concert pour « Les noces de diamant de l’aumônier » avec Mendelssohn (Athalie), Massenet (Souvenez-vous), mais également un Tantum ergo, et la création d’une Cantate à l’aumônier, par Marc de Ranse, compositeur originaire d’Aiguillon. Concert suivi d’une « Cérémonie civique » avec un défilé des délégations des vétérans des sociétés de sauveteurs du département, puis discours et… musique militaire ; le prélat y était entouré d’une escouade de hauts-gradés, dont le colonel d’Adhémar, président du comité des Fêtes, et futur exécuteur testamentaire. Le programme précisait que les entrées étaient gratuites, mais que les chaises seraient à 0,50 franc, au bénéfice des pauvres. Dimanche matin, on nota que 11 000 tickets de voyageurs avaient été contrôlés à la gare ! Deux journées bien remplies, pour lesquelles les Archives départementales conservent nombre de brochures éditées spécialement : Au prêtre-soldat, ode dite par son auteur, Henri Fromont, lauréat de la Société nationale d’encouragement au Bien (8 pages, prix de vente : 0,15 franc) ; Mounsénhur Lanussou, Dunpèy sa néchençou jusqu'a sas noçous dé diamant, par Anna Laffargou, dé Tounén (24 pages !) ; Monseigneur Lanusse, par le pasteur Messines, aumônier à l’École spéciale militaire (32 pages ; dès le 4 septembre, un avis paraissait dans la presse informant les lecteurs que la 1e édition étant déjà épuisée, un 2e mille venait d’être imprimé, « en vente à la librairie Grimaud et à la librairie Clerot ») ; mais encore Trait de charité de Monseigneur Lanusse, par Marie-Jeanne C. Fitte (4 pages). La presse n’était pas en reste : le 9 octobre, Le Paysan du Sud-Ouest (l’hebdomadaire de Cornelis de Witt) publie A l’aoumounié Lanusse, de Jules Molère, félibre d’or.

 

Hélas, 13 mois plus tard, l’heure n’était plus à la fête : le 23 octobre 1905, Jean Ephrem Lanusse rendait l’âme à l’École militaire de Saint-Cyr, à l’âge de 87 ans. La France était en deuil : cette nouvelle fit la « une » de la plupart des quotidiens nationaux. Le 26, une cérémonie se tenait à l’École : le cercueil fut placé sur l’affut d’un canon décoré de drapeaux et traîné par six chevaux montés par deux conducteurs d’artillerie. Derrière, suivait un sous-officier de l’École portant sur un coussin les nombreuses décorations du défunt. Plus de 1 500 personnes accompagnèrent jusqu’à la gare la dépouille de Mgr Lanusse rejoignant son Tonneins natal.

 

Lundi 30 octobre, les funérailles y furent aussi grandioses que les réjouissances de 1904. Le cortège s’étirait sur près de deux kilomètres ; certains témoignages nous disent que 2 000 personnes suivaient le cortège, d’autres que 2 000 personnes ne purent pénétrer dans l’église Notre-Dame, d’autres encore, que 5 000 personnes vinrent à Tonneins pour l’événement… Les cordons du poêle étaient tenus par M. Dèche, député de Marmande, M. Galup, maire de Tonneins, un capitaine du 20e de ligne, et le curé de Clairac. Comme en septembre 1904, hommages et discours se succédèrent ; retenons ces quelques mots de l’oraison funèbre prononcée par l’archiprêtre Maurel : « Le prêtre est l’homme de Dieu par sa piété, autant dire par sa religion, et l’homme de ses frères par ses dévouements, c’est à dire par sa charité. L’abbé Lanusse fut l’un et l’autre ». De l’église au cimetière, le convoi s’étira sur mille cinq cents mètres, au son des tambours et de deux harmonies qui alternaient les marches funèbres. Le corps de l’abbé Lanusse pouvait rejoindre le caveau familial.

 

Dans le Journal des débats du 1er novembre 1905, un compte-rendu des cérémonies se concluait par ces mots : « l’abbé Lanusse a légué aux pauvres son linge et à la ville de Tonneins sa maison avec les collections de tableaux et d’antiquités mexicaines qu’il avait rassemblées ». L’avenir en décida autrement.

 

La postérité

C’est à Saint-Cyr qu’il faut retourner pour trouver l’abbé Lanusse à jamais présent dans la mémoire de l’École et de ses élèves. En juillet 1912, y était inauguré le musée du Souvenir, installé « dans la chapelle de l’École, arrachée par les sectaires à sa destination sacrée » selon les mots de L’Express du Midi. C’est à ce moment que naquit l’idée de rendre hommage à l’ancien aumônier par un buste qui en conserverait perpétuellement les traits. Le projet fut alors commandé à un ancien élève de l’École (1874-1875) : Eugène Delpech, fils d’un ancien maire de Clairac, qui habitait désormais la ville de ses aïeux. Capitaine de réserve au 4e régiment de chasseurs à cheval, il avait quitté l’armée en 1891 pour se consacrer à son art.

 

Il réalisa une première maquette en plâtre, aujourd’hui conservée à la mairie de Clairac, puis une maquette à l’échelle un, reproduite sur la carte de souscription qui fut alors éditée. En avril 1913, au cours du dîner annuel de la promotion de Saint-Cyr présidé par le général d’Amade, 500 francs furent souscrits, pour contribuer à la fonte en bronze du buste destiné au musée du Souvenir, après sa présentation au Salon des artistes français du printemps 1913, sous le numéro 3401. Le musée du Souvenir conserve toujours le brouillon du discours prononcé le 20 décembre 1913 : « C’est un honneur pour moi de d’être ici l’interprète des nombreuses promotions de St-Cyriens, de leurs secrétaires, auprès du comité du musée de l’École pour le prier d’accepter le buste de Mgr Lanusse. Ce vénérable aumônier de St-Cyr a laissé un si profond souvenir dans le cœur des 25 promotions de St-Cyriens auxquels il a prodigué les marques de son affection qu’elles ont tenu à rendre ce souvenir ineffaçable en le fixant dans le bronze que nous devons au talent et au dévouement empressé de l’éminent sculpteur Delpech, ancien élève de l’École, parmi ceux qui ont connu et aimé son modèle. (…) Au nom de tous j’exprime à notre camarade Delpech au talent duquel nous devons de pouvoir offrir ce buste au musée de l’École, toutes nos félicitations ».

 

Les bâtiments de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr furent détruits sous les bombes alliées en juillet 1944, mais le buste échappa au désastre. Il est aujourd’hui l’un des ornements de l’École, à Coëtquidan. Le grand portrait représentant l’abbé à la bataille de Coulmiers (un violent combat de la guerre de 1870, à proximité d’Orléans), qui avait été exposé au Salon des artistes français en mai 1905 sous le numéro 1265 n’eut pas la même chance : il disparut en 1944.

 

Pour finir cette évocation, comment ne pas rappeler que chaque année les Saint-Cyriens attribuent le « père Lanusse » à l’officier de l’encadrement le plus estimé en déplaçant de nuit la lourde sculpture devant la porte de ce dernier, la mémoire et la bonté de l’abbé Lanusse ayant traversé les âges. Désormais, le buste n’est plus déplacé, mais le prix est toujours officiellement décerné lors d’une cérémonie annuelle. Ce n’est pas le cas du général Baraguey d’Hilliers, dont le buste vient encore, une fois l’an, orner la porte de l’officier le moins apprécié…

 

 

Quelques petites informations complémentaires...

La mairie fait l’acquisition d’un manuscrit de l’abbé Lanusse sur la Guerre de 1870 (exposé dans la salle des mariages). L'ouvrage a été réalisé en 1885, par un Tonneinquais autodidacte et la calligraphie est tout simplement remarquable. Le 150ème anniversaire de sa naissance a été célébré en 1968. Une plaque a été apposée sur la façade de son ancien musée située au 21 cours de l'Abbé-Lanusse. En septembre 2019, une plaque a été apposée sur le tombeau de l'abbé Lanusse, au cimetière de Tonneins. 

Livre "Reichshoffen" écrit par l'abbé Lanusse. Manuscrits de la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

Avec l'aimable autorisation de Mme Maryline Simler, Médiatrice des collections numériques de la Bibliothèque Universitaire de Strasbourg, que nous remercions.

 

Jean Lanusse. Auteur du texte. Manuscrits de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Manuscrits français acquis à partir de 2007. Reichshoffen ; les Charges de Floing par l'abbé Jean Lanusse, aumônier prêtre à l'école de Saint-Cyr (1870-1880).

 

Nous vous laissons le soin d'admirer quelques pages manuscrites de ce trésor, l'un des livres écrits à la main par Jean Lanusse (images ci-dessous).

 

 

Cliquez ici pour ouvrir et/ou télécharger ce livre (document PDF)

 

 

Le refus du Legs Lanusse

Pourquoi la maison-musée de l'abbé n'a pas été acceptée en 1913 par la municipalité.

 

Concernant le Legs Lanusse (Archives Communales de Tonneins), la commune de Tonneins s’est rapprochée de sa famille le 3 mars 1907, soit deux ans après sa mort. Tous les Élus n’étaient pas d’accord, nous trouvons un vote de : 10 pour, 8 contre et deux abstentions.

 

Nous devons garder en mémoire que nous sommes juste après la séparation de l’Église et de l’État, et que ce genre de dossier est très sensible. Nous savons aussi que la famille de l’Abbé Lanusse a été assez dure lors des négociations.

 

Ce projet a été soumis au Ministre de l’Intérieur et des Cultes et après l’examen du Conseil d’État qui a fait part de ses conditions concernant l’acceptation de ce legs, la municipalité à voté à l’unanimité le refus de ce legs, le 9 juillet 1913.

 

La municipalité et la famille Lanusse avaient notamment comme impératif de payer à parts égales des droits de successions à l’État. Si nos chiffres sont exacts, la somme correspondrait à 50 000€ de nos jours !

Les noces de diamant

Tonneins et l'École Militaire de Saint-Cyr ont célébré en 1904 le 60ème anniversaire de l'ordination de l'abbé Lanusse.

 

En Septembre 1904, l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr et la Ville de Tonneins ont célébré avec une grande solennité le 60ème anniversaire de l'ordination de l'abbé Jean Lanusse. C'est en lisant attentivement les documents que nous reproduisons ci-dessus que vous découvrirez les moments forts de cette double célébration dont la presse a beaucoup parlé. 

Le corbillard hippomobile

 

Le corbillard hippomobile qui amène à sa dernière demeure l’Abbé Lanusse et que nous avons pu admirer à l’intérieur de l’église Notre Dame à Tonneins a été commandé le 26 août 1883 à un carrossier de Bordeaux.

L'ouvrage de l'Abbé Lanusse exposé à la Mairie de Tonneins

L'historien Alain Glayroux nous découvre l'histoire du livre exposé à la Mairie et décrit la restauration effectuée.

 

Cliquer pour agrandir les images

 

La Ville de Tonneins a réuni le 18 Décembre 2019 Odette Colomb et Alain Glayroux. Le Maire Dante Rinaudo et l'Adjointe au Maire Béatrice Vidalie ont voulu les remercier pour leur contribution précieuse à la restauration du grand livre manuscrit de l'Abbé Lanusse, exposé dans la Salle de Mariages de l'Hôtel de Ville de Tonneins.

 

À notre demande, l'historien Alain Glayroux, président de La Mémoire du Fleuve, a accepté de rédiger un petit article de présentation de cet ouvrage et de description des travaux de restauration qui viennent d'être effectués. Notre remerciement pour cet article. 

 

 

Article signé Alain Glayroux

 

"L’ouvrage de l’Abbé Lanusse dont le titre est : « Six condamnés à Mort ou un jour du ciel passé sous la terre », est le huitième et le dernier de cette série. L’auteur a commencé le premier ouvrage en 1865 et vingt ans après en 1885 il termine ce volume.

 

Comme nous le précise Clair Morizet (1), Président des Amis de Clairac, le livre relate l’épisode des six militaires graciés au Mexique.

 

Nous apprenons, grâce à un ex-libris, que ce livre a appartenu à une grande famille d’armateurs Bordelais, les « Journu, baron de Saint Agne » dont un des membres a été Saint-Cyrien tout comme l’Abbé Lanusse.

 

Nous devons à l’Abbé Lanusse une centaine de manuscrits de ce format.

 

Dans le numéro 51 de la Mémoire du Fleuve, Christian Olliet nous présente ces ouvrages :

 

 « … des manuscrits : de puissants In-folio aux feuilles de pur vélin, calligraphiés, enluminés, aérées de cartouches décoratives et d’aquarelles, reliés de maroquin Bordeaux carmine, caparaçonnés de plaques d’étain ou de cuivre, de cabochons à verroterie ayant requis les mains d’orfèvres d’émailleurs… ».

 

Mme Odette Colomb, avec l’assentiment de M. Capot, directeur des Archives départementales de Lot-et-Garonne, est venue bénévolement nettoyer le livre et redonner tout son éclat à la couverture et cela 134 ans après sa « conception ».

 

Cet ouvrage que vous pouvez admirer à la salle des mariages de la ville de Tonneins va être numérisé, nous invite à continuer nos recherches pour enrichir notre patrimoine local.

 

P/ La Mémoire du Fleuve Alain Glayroux

 

 

1. Lire l’article dans le numéro 63 Hiver 2019, de la Mémoire du Fleuve, PP 98 à 113, concernant l’Abbé Lanusse.