La gare et son quartier

Texte et sélection de photos : Alain Glayroux

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Nous nous intéressons à la gare de train.

 

C'est le lundi 3 décembre 1855 qu'a eu lieu la promenade d'inauguration de la ligne du Midi, section de Bordeaux à Tonneins. La décision de construire la ligne Bordeaux-Cette (Sète) est prise en 1835.

 

Nous publions un petit extrait du journal l’Illustration du 15 décembre 1855 qui relate la manifestation au départ de Bordeaux jusqu’à Tonneins :

 

«  Enfin nous arrivons à Tonneins au milieu des flots d'une population enthousiaste. Le canon retentit, la musique militaire fait entendre ses fanfares ; Son Éminence le cardinal est pressé de toutes parts par le peuple qui veut le voir et être béni. Son Éminence fait entendre alors quelques-unes de ces paroles qui sortent du cœur, et le train se remet en marche vers La Réole, au milieu des vivats et des cris de joie de plus de quinze mille personnes encombrant la gare, décorée de drapeaux, d'oriflammes, de guirlandes et d'écussons… ».

 

Le croquis que nous présentons, signé Édouard Fauché, est très intéressant car nous découvrons en premier plan et au travers des deux ouvrières, l'importance que revêt pour l'économie locale, le tabac et le chanvre.

 

La première sur la gauche représente une cigarière avec des feuilles de tabac sur la tête et la seconde a à ses pieds un rouleau de cordes.

 

C'est lors de son centenaire fêté en 1953, (98 ou 100 ans ?) en présence de nombreux officiels et notamment le Duc de Morny, que nous retrouvons autant d'affluence en gare de Tonneins.

 

Ces fêtes se sont déroulées pendant trois jours où de nombreuses Tonneinquaises et Tonneinquais se sont déguisés, mais ont aussi construits des chars pour défiler dans les rues.

Certains ont montré leur talent en participant à une pièce de théâtre, qui connue un très grand succès.

           

Le dessin n° 18 est signé d’Édouard Fauché, il représente un bœuf gras sur le départ pour Poissy pour participer à un concours.

 

Pour charger ce bœuf gras de 1500kg le train s’est arrêté à Unet, nous sommes le 10 mars 1856.

 

L’animal appartient à Ferdinand Méric et le 18 mars lors du concours il se classera deuxième de la troisième région des bœufs de quatre ans.

           

Dans les années 1980, une trentaine de salariés travaillaient en gare de Tonneins, aujourd’hui il reste une personne.

 

 

Nos remerciements à Dominique Abella, agent SNCF, qui nous a communiqué les photos du centenaire.

Hôtel d'Isly. Café de la Gare

Texte et photos : Alain Glayroux

 

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Mérimée, base de données du patrimoine monumental et architectural français de la Préhistoire à nos jours créée en 1978 et mise en ligne en 1995, nous présente très brièvement ce bâtiment :

 

« Édifice qui ne figure pas sur le plan de 1880, l’élévation principale sur le boulevard De Lattre de Tassigny comprend 7 travées. Une tonnelle est aménagée devant cette façade. L’entrée est placée sur l’angle en pan de coupé. L’élévation sur la rue du Maréchal Foch comprend 3 travées. Les baies du rez-de-chaussée sont plein-cintre… ».

 

Signé Bertrand Charneau.

 

Fort heureusement nous avons trouvé d’autres éléments plus conséquents. Pour vous présenter ce petit historique sur cette institution qu’était l’Hôtel d’Isly Café de la Gare de Tonneins, nous nous sommes aidés des documents notamment notariés, que Joelle  Baudéan, a mis à notre disposition et que nous remercions.

 

Nous pouvons avancer que le premier propriétaire de cet établissement est M. Gerbaud, qui l’achète le 29 décembre 1896. Cet hôtel sera la propriété de Messieurs : Garbay, Grimaud, Pouget et c’est le 7 août 1919 que la Veuve Garbay le vend à Félix-Léopold-Maurice Baudéan, le patriarche de cette dynastie.

 

Félix-Léopold-Maurice Baudéan est né le 21 mai 1880 à Bègles, il est le fils de Pierre Baudéan et de Marie Doal.

 

Félix épouse Élisa-Eudoxie Labat née 17 décembre 1880 à Arboucave (Landes), elle est la fille d’Arnaud Labat et de Marie Duvigneau.

 

Félix et Élisa habite non loin des Chartrons à Bordeaux, rue Borie, quand leur fils Maurice- Henri- Léopold voit le jour, le 27 décembre 1913.

 

Félix exerce le métier de Maître cocher sur Bordeaux, pendant quelques années puis nous le retrouvons Maître d’Hôtel au Café de la Gare de Tonneins.

 

Lors de l’achat de cette bâtisse par Félix, l’hôtel comprend notamment des dépendances comme : des écuries, un parc à cochon, un jardin etc.

 

Félix passe le flambeau à son fils Henri. Henri est hôtelier quand il épouse à Tonneins Odette Laborie native de Boussès le 14 novembre 1919. Odette est la fille de jean Laborie et de Marie Descat.

 

Henri et Odette auront trois enfants : Jacques-Pierre, Daniel-Philippe et Réjane-Marie. Daniel et Réjane sont décédés.

 

Durant la dernière guerre mondiale Henri est déporté en Allemagne d’Avril 1944 à Mai 1946 dans le camp de Buchenwald.

 

Henri est transféré le 13 septembre 1994 avec 500 autres camarades, au Kommendo Rech pour travailler dans la mine de sel de Neû-Stassfurt (180km de Buchenwald).

 

Sous l’impulsion de Félix puis d’Henri, l’hôtel devient vite le centre d’intérêt de ce quartier, mais aussi le siège social de l’équipe de rugby à XV « les Marcassins » où se dérouleront des fêtes organisées par les supporteurs de l’équipe, qui se terminent le plus souvent par des bals.

 

Nous assisterons aussi à des départs et des arrivées de courses cyclistes.

 

Malheureusement Henri décède le 31 décembre 1956, et plusieurs décennies, Odette tiendra ce commerce, aidée en cela par Germain Vignau dit Fernand, que la famille hébergera toute sa vie. L’hôtel sera vendu dans les années 2000.

 

Nous profitons de cet article pour vous présenter un des registres d’hôtel tenu par la famille Baudéan. Ce document a été utilisé de Janvier 1942 à Août 1956. Il est d’une richesse incroyable pour les généalogistes ou les chercheurs, car divers renseignements sur les hôtes de passage sont mentionnés dont : Le nom et prénom, le lieu et la date de naissance, la profession, le lieu de résidence habituel, la date d’entrée et de sortie et la nature des papiers d’identité. A partir de février 1943 une colonne est rajoutée où doit être mentionnée la religion. Nous avons comptabilisé pas moins de 10 470 noms.

 

Devant le Café de la Gare étaient alignés en rang d’oignons les différents taxis de Messieurs : Cardoit père, Laffitte, Delayre, Miermont, Deler, Brugier, Cardoit Gérard et Jean- Paul Martin.

 

Nous savons que d’autres taxis sont stationnés dans d’autres lieux de notre ville et suivant les années ils sont assez nombreux.

 

Gérard Cardoit, figure emblématique du quartier, exerce ce métier pendant 24 ans pendant la journée, et durant quelques années en plus de son métier il distribue la nuit le journal Sud-Ouest pour Mme Roumat.

 

Les deux photos des taxis que nous vous laissons découvrir sont de la collection personnelle de Gérard Cardoit, que nous remercions.

 

Toutes les photos des fêtes de la gare, nous ont été confiées par Joelle Baudéan que nous remercions également.

 

Nous publions aussi un portrait d’Henri Baudéan le Résistant, que vous trouverez à la rubrique « Personnages Tonneinquais » en visitant le Musée numérique de l’histoire de Tonneins.

Henri Baudéan, le Résistant de l'Hôtel Café de la Gare

Texte : Alain Glayroux. Photos cédées par la famille Baudéan

 

Maurice-Henri-Léopold Baudéan, dit Henri est né le 27 décembre 1913 à Bordeaux non loin des Chartrons. Henri est le fils de Félix Baudéan et d’Élisa-Eudoxie Labat. Il est décédé le 31 décembre 1956.

 

Henri épouse Odette Laborie et de cette union naissent : Jacques-Pierre, Daniel- Philippe et Réjane-Marie (Daniel et Réjane-Marie sont décédés).

 

Henri prend la succession de son père et gère avec son épouse l’emblématique Hôtel d’Isly Café de la Gare à Tonneins.

 

Cet établissement sera notamment le siège social de l’équipe de rugby à XV « les Marcassins » où se dérouleront de nombreux bals pour récupérer de l’argent pour le club.

 

Certains Tonneinquais avaient aussi par habitude de venir déjeuner après avoir donné leur sang à la salle des fêtes et pour d’autres passer un petit moment convivial chaque fin de semaine.

 

C’était tout simplement un agréable lieu de vie où toutes les générations savaient se retrouver pour échanger, jouer aux cartes et siroter à l’occasion un petit verre.

 

Mais c’était aussi un lieu de confort pour les voyageurs qui faisaient étape à l’hôtel et qui pouvaient découvrir une très bonne table avec une cuisine du pays, car Henri et son épouse étaient de fins cordons bleus.

 

Ce que beaucoup de clients ne savaient pas, car Henri n’était pas très disert sur ce sujet, c’est que suite à une dénonciation pour ses faits de résistant durant la dernière guerre mondiale, Henri est déporté à Buchenwald d’Avril 1944 à Mai 1945.

 

Un grand nombre de ces détenus avaient quitté le camp de Royallieu à Compiègne par le train du 17 août 1944, en violation flagrante de l’accord signé à Paris par le Consul Général de Suède et l’autorité militaire Allemande.

 

Henri est transféré le 13 septembre 1944 avec 500 autres camarades, au Kommendo Rech pour travailler dans la mine de sel de Neû-Stassfurt (180 km de Buchenwald).

 

Pour vous présenter ce petit historique nous nous sommes aidés du travail de l’historien Bernard Lareynie et de son ouvrage de référence « Résistances en Pays Tonneinquais » puis nous vous laissons découvrir le rapport établi d’après les indications données par certains détenus politiques Français libérés de la mine de sel de Neu-Stassfurt (Kommand Rech) dont Henri Baudéan. Ce document nous a été communiqué par Joelle Baudéan :

 

"Comme le précise Bernard Lareynie,Henri Baudéan est recruté par Jean Arassus qui est le responsable Tonneinquais du mouvement Combat. Nous connaissons ce mouvement de résistance sous le vocable : Mouvement de Résistance de Tonneins, Mouvement Combat, Réseau Buckmaster – Hilaire – Philibert.

 

La date d’origine du 1er mouvement de Résistance date de janvier 1941, après avoir récupéré du matériel et des armes, lors de l’exode. Le mouvement couvrait les communes de : Monheurt, Lagruère, Varès, Clairac, Fauillet et le Mas d’Agenais. L’effectif, qui était de 43 hommes en janvier 1941, était passé à 377 en janvier 1944.

 

Nous savons que le café de la gare est un lieu de passage et qu’il est idéal pour les résistants pour échanger des renseignements, des informations inhérents à cette activité, pourtant très surveillée.

 

C’est en avril 1944 que la police allemande a obtenu des informations sur un membre du groupe Combat, qui n’avait pas été inquiété lors de la rafle milicienne du début du mois de mars, il s’agit d’Henri Baudéan.

 

Henri est d’abord emprisonné à Agen puis à Toulouse pour être transféré à Compiègne, puis c’est la déportation pour Buchenwald.

 

D’après sa famille Henri connaissait l’identité de la personne qui l’a dénoncé…"

 

Nous vous laissons découvrir le rapport que nous avons recopié en respectant intégralement la graphie :

 

 

26 Mai 1945

 

Rapport établi d’après les indications données par certains détenus politiques Français libérés de la mine de sel de Neu-Stassfurt (kommand Rech, au Sud de Magdebourg), dépendant du Camp de concentration nazi de Buchenwald (Allemagne).

 

Notamment par le Dr. Escudier, Soutoul, Lyon, Ovazza sur la période de Septembre 1944 à Mai 1945.

 

Ce rapport voudrait contribuer pour sa part à faire connaitre de la manière la plus objective, en se bornant à la description de leur existence quotidienne, les traitements infligés à des Français arbitrairement arrêtés, qui n’avaient généralement pas d’autres torts que d’appartenir à l’élite de leur profession.

 

La plupart de ces Français sont morts dans des conditions d’une cruauté atroce : l’état de santé des survivants, miraculeusement restés en vie, exigera longtemps encore infiniment de soins.

 

Liste partielle des détenus revenus du Kommando Rech (Neu-Stassfurt).

 

  1. Édouard MICHAUT, 18 Rue Molitor, Paris XVIème.

  2. François MICHAUT (a une liste très complète des morts et des évadés.

  3. Docteur Escudier, 17 Avenue Colbert, Toulon.

  4. Max OVAZZA, 203 Bis Boulevard Saint Germain, Paris.

  5. RABRET DUBOS, 62 Rue du Bois, Clichy-la-Garenne.

  6. Jean QUAREZ, Place de l’Église, SAINT Amand-les-Eaux (Nord).

  7. Gabriel DARDENNE, Saint-Amand (Cher).

  8. Guy BLONDEAU, 5 Rue de Beaumont, Boran (Oise).

  9. Pierre SOUTOUL, 18 rue Jean Reboul, Nîmes (Gard).

  10. Félix LYON, 19 Rue de Noyon, Vichy.

  11. Maurice RENOULT, Les Patichès-les-Genettes par Notre Dame d’Aspres (Orne).

  12. Philippe de RAMBUTEAU, Ozolles (Saöne6et-Loire).

  13. Maurice de RAMBUTEAU

  14. Adrien MAZEROLLES, 7 Rue Lhomond, Paris Vème.

  15. Raymond de CANDOLLE.

  16. BOUET.

  17. Gaston Muller, 5 Plan d’Agde, Montpeliier.

  18. 59, Rue de la Gravière Strasbourg (typo chez A. QUILLET) cuisinier au camp, a les noms et adresses des SS.

  19. Henri BAUDÉAN, Hôtel de la Gare, Thoneins (Tonneins) Lot-et-Garonne.

  20. HALMONT.

 

Mine de sel de Neu-Stassfurt, Kommando Rech. Près de Löderbûrg (entre Stassfurt et Kalb

 

Adresse : Schacht 6, Leopoldhalle bei Neû-Stassfurt.

 

500 détenus de Buchenwald sont transférés le 13 septembre 1944 au Kommando Reh, nouvellement créé, à 33 km au sud de Magdebourg et à 180 km au nord de Buchenwald : 80 d’entre eux sont revenus peu après à Buchenwald en raison de leur état de santé.

 

Un grand nombre de ces détenus avaient quitté le camp de Royallieu (Compiègne par le train du 17 août 1944, en violation flagrante de l’accord signé à Paris par le Consul Général de Suède et l’autorité militaire Allemande.

 

Lorsque ce train est arrivé à Buchenwald le 21 août, après un effroyable voyage dont les détails seront relatés dans une autre note, le Commandant Allemand du camp de Buchenwald a manifesté sa surprise et son mécontentement, car il n’avait pas été avisé de l’arrivée de ce convoi, qu’il n’avait pas de places disponibles et qu’il supposait qu’il n’y aurait plus d’arrivée de détenus.

 

Le camp de Buchenwald, 13 km N.O de Weimar, 28 km N.E d’Erfurt, domine l’autostrade d’Erfurt à Weimar : il était construit pour 12 000 prisonniers, il y en a eu jusqu’à 38 000 et même 80 000 au moment de l’évacuation des camps de Berlin et de Silésie, notamment d’Auschwitz (février 1945).

 

Commandant de Kommando Reh (Neu-Stassfurt) :

 

Obersturmführer WAGNER d’Ulm, 50 ans, 1,72 m, ancien sous-officier d’active, ancien prisonnier de guerre en France pendant la guerre de 1914-1918, lèvre et mâchoire inférieures très saillantes, cheveux très noirs (peut-être teints) grosses varices aux jambes ; cet homme est un assassin, il a personnellement envoyé au travail M de Rambuteau, mort le 13 décembre 1944, malgré deux pressantes demandes du Docteur Escudier, détenu français, chargé de la Direction de l’Infirmerie. Il a frappé à l’infirmerie, sous les yeux du Docteur Escudier et de M Max Ovazza, deux malades ramenés au travail ; il a frappé sur le chantier un malade, M. Masse, qui est mort la nuit suivante.

 

Il a donné l’ordre d’évacuation le 11 avril sachant pertinemment que les ¾ du Kommando n’étaient pas en état de faire la route ; il a donné l’ordre le 16 avril d’abattre les détenus qui ne pourraient pas suivre et il a enfin continué à considérer les détenus comme prisonniers le 8 mai jusqu’à 16h30, alors que la capitulation de l’armée Allemande de Saxe était signée depuis 2h40 du matin.

 

Le camp de Neu-Stassfurt était constitué par des baraquements en bous, préparés d’avance.

 

L’Administration intérieure du camp était assurée, non par des SS, mais des détenus, condamnés de droit commun, dont la brutalité ne le cédait aucunement à celle des SS. Le chef de cette administration était le Lagerâltester Bernard, de Hambourg. A signaler en outre les Kapo :

 

  • Ianeck,
  • Adolphe,
  • Valentin (évadé),
  • Erwin (mort).
  • Et le kapo, ancien S.S. HEINRICH d’une brutalité inouïe.

 

Le travail de la mine (une semaine de jour, une semaine de nuit) était extrêmement dur. Il consistait an travaux de terrassement, nivellement, transport de matériaux et ultérieurement bétonnage des galeries et des salles, sous contrôle des contre-maîtres civils allemands, renforcé par la surveillance des S.S.

 

L’atmosphère de la mine était très pénible, il n’y avait aucune aération artificielle. Les équipes affectées au transport des wagonnets parcouraient de 20 à 30 km de nuit ou de jour par vacation.

 

La moindre défaillance motivant une observation était accompagnée de coups et de sanctions diverses au retour au camp (piquet, gymnastique etc.).

 

De septembre à décembre des améliorations sensibles ont été obtenues notamment à l’infirmerie, au point de vue de nourriture, médicaments, chauffage, cependant une semaine il n’y a pas eu de charbon, deux malades sont morts de froid à l’infirmerie.

 

Autre amélioration : on a obtenu la formation de deux kommandos de spécialistes. A ce moment, on avait au lever une boule de pain de 2 kg pour 4, 20 grammes de margarine, plus 15 grammes de saucisson, un litre de soupe le soir. Café le matin et a midi, ce café était un mélange dont les grains étaient enlevés par les S.S. ; jamais de sucre, bien qu’il y eu 250 kg de sucre par mois attribués aux détenus du Kommando Rh ; de même il n’y avait pratiquement pas de distribution de viande (bien qu’il y ait eu des attributions théoriques).

 

Le cuisinier chef S.S. MULLER est un des grands responsables des morts de kommandos en raison des restrictions alimentaires qu’il imposait aux détenus en ne leur répartissant même pas les rations prévues.

 

Au début, pendant les deux premiers mois et demi, c’est-à-dire jusqu’à la fin de novembre 1944, le pourcentage des malades reconnus pouvait s’élever à 10% et il n’y eut que deux décès pendant cette période. Mais ceci ne dura pas. L’obersturmfürher WAGNER fit savoir, sans doute sur instructions reçues de Buchenwald, qu’on ne devait plus reconnaitre les malades qu’à 39° de température sous le bras, les maladies de cœur, faiblesse générale et maux d’estomac ne devaient plus être reconnus.

 

En janvier 1945, diminution très nette de l’alimentation (400 gr théoriquement de pain, à peine 15 gr de margarine et ½ de soupe de qualité inférieure sans pommes de terre.

 

En février, arrivée de 200 détenus juifs polonais et 50 Russes environ, accompagné d’un médecin juif Hongrois (tous deux transylvaniens). Arrivée, 8 jours après, d’un infirmier SS oberschacheführer GROSER, lui aussi responsable d’un grand nombre de morts, parce qu’il détournait les médicaments pour les échanger sans doute contre du tabac ; il a empêché de recevoir le surplus de médicaments qui devaient être remis par l’administration de la mine, conformément à un accord passé en octobre ; on avait reçu ainsi beaucoup de sulfamides qui avaient permis de sauver en octobre et novembre un grand nombre de malades.

 

Il a en outre tué de sa main, sur la route plusieurs des malades qui ne pouvaient pas suivre.

 

Jusqu’à la fin de février 1945, il y eut 10 nouvelles morts. Puis, il y eut une augmentation considérable du nombre de décès. Le docteur Escudier s’est trouvé placé sous l’autorité du médecin Hongrois KLEIN qui a eu une attitude révoltante à l’égard des détenus, surtout des Français, et qui en raison de son incroyable brutalité, peut être considéré comme un assassin. Le docteur Escudier reprit ensuite la direction de l’infirmerie, mais l’arrivée de l’infirmier SS GROSER aggrava considérablement la situation des malades français. L’administration du camp de Buchenwald (REVIER) fit dire au docteur Escudier qu’il serait relevé de ses fonctions s’il ne se montrait pas plus ferme vis-à-vis des malades. Le S.S. WAGNER et son rapportführer menacèrent de fermer complétement l’infirmerie. Les efforts pour tourner ces prescriptions s’avéraient de plus en plus difficiles, car on n’admettait plus qu’un pourcentage de 3 ½ de gens au repos, y compris les malades et blessés de l’infirmerie, et la mortalité continua de s’accroître grandement, d’autant plus qu’il y eut alors de fréquentes poussées de pneumonies, broncho- pneumonies, congestions pulmonaires et diarrhées. L’alimentation devenait de plus en plus insuffisante, la résistance des détenus diminuait de plus en plus ; il se produisit de nombreux cas de mort subite (le professeur VIEILLE, professeur de philosophie au lycée Condorcet fut l’un des premiers.

 

Parmi les S.S. sont à considérer, en outre, comme des assassins :

  • WEISS
  • WINTER
  • HOFFMANN (agriculteur) appelé fil de fer, arrivé à Neu-Stassfurt le 14 septembre 1944, venant de Buchenwald, environ 1,80 m, yeux marrons. Homme brutal et impitoyable, mais ne matraquant pas lui-même.
  • SCHMIDT (un prussien) « tête de mort » « écureuil », « canard », être abject, un des plus mauvais « tout fou » tué par les Russes, sur l’intervention d’un des détenus français.

 

Les décès s’accroissent rapidement, et pendant le mois de mars, 42 détenus meurent de maladies diverses : il y a eu 9 morts par jour.

 

A partir du moment (mars) où le four crématoire de Magdebourg a été détruit par les bombardements alliés, on enterrait les morts nus, à 9 ou 10 par fosses. M. Maw Ovazza a pu mettre dans la bouche de chaque mort une plaque de zinc avec un numéro qui doit permettre de l’identifier : il faisait faire ses plaques dans la mine.

 

Tout contact extérieur était interdit aux détenus, ils ne recevaient ni lettres, ni colis de la Croix-Rouge. Ils n’ont jamais reçu la visite d’un prêtre.

 

Les détenus étaient couchés sur des châlits à 3 étages avec un peu de paille et une couverture, dans des baraques en bois, parfois chauffées lorsque les détenus pouvaient apporter du charbon : ces baraques, aux fenêtres grillagées étaient fermées à clef la nuit. Ni tables, ni chaises. Les couteaux étaient interdits. Il n’y avait pas de quart, on se lavait, on mangeait et on buvait dans la même gamelle.

 

Le réveil était à 4 heures ½, départ au travail à 6 heures, rassemblement qui par n’importe quel temps durait au moins 1 heure en plein air.

 

Distance du lieu de travail entre 400 et 1200 mètres.

 

Pour la mine et les kommandos de spécialistes, travail entre 400 et 460 mètres sous terre.

 

Travail 10 h par jour.

 

Au retour : soupe, appel qui, grâce à l’intervention du Commandant de LAGUICHE et de M. FIMBEL, interprète du camp, a eu lieu dans les blocks à partir du milieu novembre, mais qui par punition, avait lieu de temps à autre dehors. Une fois un appel a eu lieu en pleine nuit dehors.

 

Au retour du travail, on faisait faire de la gymnastique ou du piquet à ceux des détenus que les sentinelles avaient estimé ne pas travailler assez ; ceci avait lieu toujours à l’extérieur, par n’importe quel temps, sans capote. M. de RAMBUTEAU a ainsi fait du piquet le matin après une nuit de travail, le jour où il est mort (responsable le S.S. HOFMANN).

 

Comme gymnastique on obligeait par exemple les détenus à faire des culbutes (dans la boue lorsqu’il y en avait) ou bien encore on le forçait à s’accroupir avec les bras étendus et on posait des briques sur leurs bras, lorsqu’ils tombaient on les matraquait.

 

Vêtements des détenus : Vêtement rayé en fibre de bois donné au départ de Buchenwald, chemises, galoches (pas de caleçon avant décembre) ensuite un gilet délivré au début de novembre. Un peu avant Noël on a donné des capotes et moufles. Les capotes et moufles ont été retirées en avril.

 

Le blanchissage du linge n’était pas prévu ; les chemises ont été changées une fois pendant les 8 mois de détention ; les baraques étaient infectées de poux. On a effectué une fois un simulacre de désinfection à la ville voisine ‘Stassfurt) en faisant faire aux détenus 16 km à pied dans la journée par temps de neige ; une autre fois on a fait déshabiller nus les prisonniers en plein air, on a changé chemises et caleçons et retiré tout ce que les prisonniers avaient pu se procurer de chaud (divers détenus sont morts de pneumonies contractées à cette occasion, notamment le docteur ANDRIEUX de l’Oise).

 

A partir du 9 avril les internés de Neu-Stassfurt entendaient au Sud et ç l’Ouest le bruit des canons américains.

 

Dans la nuit du 10 au 11 avril, le bruit de la bataille s’est déplacé de l’Ouest vers le Nord, c’est-à-dire vers Magdebourg, hélas, si ce déplacement avait pu s’effectuer vers le Sud !

 

Le 10 au soir, ordre avait été donné de préparer l’évacuation du camp qui comprenait alors 650 internés, dont environ 330 français (sur les 420 qui étaient arrivés le 14 septembre 1944 de Buchenwald ; au moment de la libération, le 8 mai, 139 détenus seulement restaient vivants, dont 6 abandonnés le 26 avril à Clausnitz).

 

Itinéraire suivi :

 

Neu-Stassfurt, Aschersleben, Delizsch, Oberaudenhain, Schildau, Oschatz, Freiberg, Clausnitz, Dittersbach, Obernhau, Marienberg, Annaberg.

 

Le 11 avril, à 6 heures du matin (le lendemain 12 avril, le village voisin de la mine, Löderburg, était occupé par les troupes américaines) les détenus ont été évacués sous la surveillance de 60 S.S., 18 malades, plus ceux qui ne pouvaient plus marcher, soit 30 à 40 au total, ont été transportés sur deux carrioles. La colonne d’évacuation était partagée en trois groupes dont chacun s’étendait sur environ 1 km.

 

Le long de la route, jusqu’au 15 avril compris, les détenus qui tombaient étaient chargés sur les carrioles infirmerie.

 

Lorsque le docteur ESCUDIER, Max CAUCHY, LYON, NEDELEC (officier canadien) chargeaient les blessés et le malades sur une voiture, les S.S. matraquaient les blessés ou malades qu’on chargeait et ils poussaient de côté à coups de crosses ceux qui étaient déjà sur la voiture. Les malades ne bénéficiaient d’aucun avantage supplémentaire au point de vue alimentaire.

 

La ration alimentaire journalière en cours de route a été en moyenne de 100 gr de pain, 50 gr de margarine et parfois ¼ de litre de soupe ou deux pommes de terre ; certains jours, il n’y avait aucun ravitaillement du tout. Les étapes journalières étaient de 20 à 30 kilomètres. Il y a eu par contre, une pause de jours à Clausnitz le 26 avril et le 30 avril une pause de 8 jours à Dittersbach dans l’Erzgebirge à 1000 mètres d’altitude (aux environs de Freiberg) dans une grange sans paille, pas abritée du vent.

 

Le 16 avril, les 18 malades ont été encore transportés en carriole, mais les autres devaient marcher derrière la carriole et ceux qui tombaient étaient abattus par les S.S. A l’étape suivante, le 17 avril, il n’y a plus de carriole et lors du départ à Oberaudenhain, près de Mokrenhain, 14 malades ont été abattus. M. de LAGUICHE a fait la première partie de l’étape et il a été abattu dans la forêt à la sortie de Schildau (arrondissement de Torgau-sur-Elbe) en direction du Sud en quittant la route de Torgau sur la droite en sortant de Schildau ; cet assassinat a eu lieu le 17 avril 1945 vers 11 heures.

 

La veille au soir, le 16 avril, à l’arrivée au cantonnement de Lagerältester BERNARD, avait donné un coup de poing extrêmement violent dans la figure du commandant de LAGUICHE qui n’avait fait que se coucher à l’endroit qui lui avait été indiqué par le docteur ESCUDIER ; le 17 avril au matin le lagerältester BERNARD avait à nouveau recommencé. Le lieutenant QUAREZ en a été témoin. Ces brutalités du lager BERNARD ont contribué, selon le docteur Escudier à ébranler le commandant de LAGUICHE, à l’affaiblir et à amener peu d’heures après un épuisement complet qui, malgré les immenses efforts faits par lui, l’ont empêché de poursuivre sa marche.

 

M. de LAGUICHE qui, par suite d’une broncho-pneumonie, se trouvait à l’infirmerie depuis deux mois n’avait plus d’entraînement physique ; en outre, les galoches à semelles de bois blessaient les pieds et rendaient la marche extrêmement pénible.

 

Sur les 18 malades partis en carriole, il n’en restait que trois.

 

M. GUILLOU a été abattu quelques étapes plus loin, les deux autres MM. QUAREZ et DELAHAYE sont rentrés le 21 mai en France (M. DELAHAYE, 30 ans, de l’Aisne, s’est arrêté au passage chez lui. Il avait un phlegmon de la jambe et ne pouvait pas la plier ; il a cependant suivi la colonne jusqu’au 8 mai, en faisant ainsi 450 km à pied. Son père, 61 ans est mort à Stassfurt, ainsi que son beau-frère M. CORDEVENT, M. RADUCA, beau-frère de M. CORDEVENT est entré à Paris, le 21 mai.

 

Le 17 avril il y a eu une tentative d’évasion et les gardiens allemands ont alors tué au moins 5 détenus. A l’étape suivante, ils en ont tué 14 qui essayaient de s’évader ; l’obersturmführer WAGNER est responsable de ces derniers assassinats.

 

Le 18 avril l’interprète de l’infirmerie Jean-Paul CAUCHY 23 ans, a été assassiné par les S.S. avec leurs adresses. Tout le long de la route les détenus à peu près valides s’efforçaient de trainer ou de porter leurs camarades qui ne pouvaient plus suivre jusqu’à ce que les S.S. le leur arrachent pour les tuer. Le 20 avril, M. OVAZZA a vu abattre au cours de la journée tous les malades qui ne pouvaient pas suivre, soit 40 dont deux en pleine ville à Oschatz ? Dans des ruelles désertes.

 

Le 26 avril, à Clausnitz, 6 internés dont M. Jacques DEHAUT et M. François ROBERT ont été portés à l’hôpital militaire de cette ville ; on ignore encore ce qu’ils sont devenus.

 

Une faible proportion des détenus a pu s’évader, beaucoup d’entre eux ont été repris.

 

La colonne a poursuivi sa route à travers l’Erzgebirge par 20 cm de neige et des sentiers de forêt ; 50% des français ont fait l’étape pieds nus.

 

La pause de Dittersbach à durée environ 8 jours. La brutalité des S.S. s’est particulièrement affirmée au cours de cette halte. Ils matraquaient les prisonniers pendant la distribution de la soupe et du pain. Le docteur ESCUDIER a empêché à plusieurs reprises les S.S. d’enterrer vivants des détenus ; malgré cela, à la connaissance de M. Max OVAZZA, deux détenus au moins ont été enterrés avant d’être morts. D’une manière générale, il y a lieu d’indiquer que lorsque au cantonnement des détenus étaient sur le point de mourir, les S.S. les faisaient transporter près de la porte au froid, sans capote, et en tirant parfois - notamment à Dittersbach, où il faisait très froid -les vestes et pantalons (lorsque les détenus n’avaient pas la dysenterie) ; ils donnaient ces vêtements aux détenus polonais, et prenaient pour eux-mêmes les vêtements civils de ces polonais.

 

Le 7 mai au matin, la colonne est partie de Dittersbach et est arrivée le soir à Obernhau (22 km) ; on a commencé à distribuer quelques nourriture, mais avant la fin de la distribution l’alerte a été donnée, car les Russes approchaient. Les S.S. ont abandonné les malades, sans rien leur donner et en leur enlevant même leurs capotes. Le départ s’est fait en plein désordre, en abandonnant les voitures et une partie des bagages. Une partie des S.S. s’est enfuie (dont le cuisinier chef S.S. MULLER) et on fait 33 km de nuit dans une colonne de réfugiés et de soldats en fuite. Ceux qui voulaient s’évader l’ont fait ; environ 70 des détenus français ont quitté la colonne à ce moment, dont François MICHAUT.

 

Le lendemain, 8 mai, arrivés à 10 heures à la porte d’Annaberg : la capitulation de l’armée allemande de Saxe avait été signée à 2h30. A 6 heures du matin, les Russes étaient entrés par l’autre côté de la ville et avaient fait évacuer les prisonniers de guerre français à 9 h sur les lignes américaines. C’est à 16h30, à l’arrivée des Russes, du côté où se trouvait la colonne des détenus venus de Neu-Stassfurt que les S.S. se sont décidés à abandonner la colonne. Deux d’entre eux ont encore essayé de l’emmener avec eux. Ils ont abattu trois détenus polonais à ce moment. La colonne comprenait alors 63 français et 60 polonais environ.

 

Les officiers Russes ont rendu la liberté aux détenus en conseillant aux Français d’aller à l’infirmerie militaire Française de la ville, en réquisitionnant sur le parcours ce qui leur paraîtrait nécessaire.

 

A l’infirmerie, réception par le médecin militaire Français RIVELON, médecin des prisonniers de guerre, qui avait déjà hissé le drapeau tricolore à côté du drapeau de la Croix- Rouge. Le docteur RIVELON, d’un magnifique dévouement, a suivi et soigné jusqu’au retour en France les 63 Français libérés. Deux des gardiens S.S. retrouvés dans Annaberg ont été tués par les Russes ; les autres bourreaux S.S. n’ont pas encore reçu leur châtiment…

 

 

Dans le « Grand livre des Témoins » de Jean-Pierre Vittori, nous avons relevé un paragraphe où témoignent les frères Édouard et François Michaud, qui décrivent leur emprisonnement à Buchenwald :

 

La place de choix aux pluches, réservés aux amis des cuistots, était l’épluchage des oignons. Ont été assis bien sagement à la table des cuisiniers et pendant que personne ne surveillait Albert ou Minouflet nous passaient des tranches de viande. Le colonel de Virel fut ainsi littéralement gavé de près d’une livre de viande, ce qui le sauva en décembre.

 

Raymond de Candolle y passa aussi et moi-même huit jours avant la fin.

 

C’est ce qui m’a sauvé et je le dois à Bouboule, alias Henri Baudéan de Tonneins.

 

 

La lettre que nous vous présentons écrite par Mme Laguiche, dont l’époux était interné à Buchenwald avec Henri, nous montre toute la solidarité qu’il existait dans ces moments difficiles de captivité entre tous ces prisonniers politiques.

 

Henri Baudéan a fait preuve de dévouement exemplaire.